2008-2009 : Genèse

 

Jamais facile pour l’acteur d’un projet pédagogique de faire oeuvre – modeste – d’historien . Mais il faut bien que quelqu’un s’y colle. Donc allons y.

 Une évidence personnelle. 

Difficile de dire pourquoi exactement l’envie de voir des élèves venir en cours avec un ordinateur portable vous pousse irrésistiblement un jeudi soir à 17H30 à franchir la porte du bureau de votre proviseure pour lui soumettre en quelques mots cette idée encore balbutiante. Le parcours personnel y est sans doute pour quelque chose : on ne passe pas 13 ans dans des établissements à l’étranger et notamment en Afrique sans être sensible à l’idée de fracture numérique. Le rapport au temps et à l’évolution technologique joue aussi son rôle : l’impression qu’à l’école, nous sommes dans le « temps long » certes nécessaire, alors que les choses ne cessent de s’accélérer à l’extérieur et que le décalage devient de plus en plus pesant. Le collégien que j’étais adorait aller à l’école, car il y trouvait ce qui n’existait pas chez lui, des livres, des ordinateurs, des informations. Aujourd’hui, on renvoie à la maison les recherches et les productions de documents : le professeur a hâte de rentrer chez lui pour pouvoir travailler sur son ordinateur, se connecter à Skype ou autre réseaux sociaux qui le mettent en contact avec le monde, alimenter son blog; les élèves dégainent leurs smartphones dès que la sonnerie retentit – suis-je naïf?-, exigent des blogs pour connaître le travail qui est à faire, s’amusent de la vétusté des équipements informatiques de l’établissement, trépignent dans les salles où ils sont deux par poste. J’assume la vision totalement partiale et subjective de cette présentation!

La présence de plus en grande du numérique dans les études supérieures, la faiblesse du niveau des élèves dans la compréhension des enjeux, des dangers, des potentialités des TUIC trouvent chez moi un fort écho politique ou citoyen. Je crois que se joue dans la maîtrise du monde numérique, à côté des innovations pédagogiques encore à venir,  un enjeu démocratique crucial.

Un concours de circonstances

L’accueil à ma proposition, encore très peu élaborée, est au départ poli, mais je pense que mon administration voit surgir tous les problèmes auquel je ne pense pas :  faisabilité technique, faisabilité pédagogique, réaction des parents, réaction de l’administration mexicaine de l’établissement, présence des laptops (terme employé au Mexique) dans l’établissement, sélection des élèves. Cependant, l’idée que je commence à former une équipe de collègues pour une expérimentation en classe de seconde est acceptée.

C’est alors qu’intervient le hasard à savoir l’épidémie de grippe H1N1 en mai 2009, qualifiée bien injustement de « grippe mexicaine ». La fermeture de l’école pendant plusieurs jours, la paralysie des enseignements, les réactions des parents à la fermeture auprès de l’école et de l’Ambassade  vont donner une pertinence encore plus forte au projet qui n’est évidemment pas celle à laquelle je pensais : assurer une continuité pédagogique entre l’école et la maison, même en cas de fermeture de l’école. Tant mieux pour le projet, mais ce n’est pas avec çà que je risquais de convaincre mes collègues de s’embarquer dans l’aventure. Néanmoins, je suis conforté dans l’idée de former une équipe.

Un collègue passionné

Un jeudi, en fin de journée, à 16H30, – j’ai sais doute une propension inconsciente à prendre des risques le jeudi – je tombe sur mon collègue de mathématiques Vincent en salle des professeurs. Le sachant intéressé par le monde numérique et partant pour les projets, je lui dresse un rapide bilan de mes entretiens avec l’administration pédagogique et lui demande si l’aventure le tenterait. Et Vincent de rebondir immédiatement en me sortant de son sac un objet de forme rectangulaire, un trépied, un stylo fait maison entouré de scotch noir. En moins de temps qu’il en faut pour faire la démonstration du théorème de Pythagore, me voici face à un mur blanc, où un vidéoprojecteur – qui ne quitte guère Vincent – projette l’image de l’écran de son ordinateur portable. Après une manipulation de calibrage et l’ouverture d’un petit logiciel, j’entre grâce à lui dans le monde magique d’un TBI artisanal construit à partir d’une télécommande wii (toutes les informations techniques qui me dépassent un peu sont présentées par Vincent dans cette page). Il faut nous imaginer tous les deux dans cette salle des professeurs en train de nous projeter en classe, lui construisant des démonstrations et moi des croquis sur ce tableau magique : il ne nous manquait que le sapin de Noël et un peu de neige pour recréer l’ambiance de deux gosses découvrant leurs cadeaux le 25 décembre au matin. Tout cela grâce à un bidouillage made in Corée.

Une conjonction de bonne volonté

Nous voici donc deux. Reste à constituer une équipe entière. Je fais le choix de contacter un par un des collègues, en fonction d’affinités personnelles, de leur habilité à manipuler les TICE ou de ce que j’imagine être leur enthousiasme à participer à ce projet. Cette démarche, mais je ne le sais pas encore, sera source de très forte tension l’année suivante : je pense en avoir payé trop cher le prix en terme de relations avec l’ensemble des collègues de l’établissement. Aurait-il fallu contacter l’ensemble des collègues pour ensuite faire des choix parmi les volontaires? Je n’en suis toujours pas convaincu. En très peu de temps, j’ai des réponses positives de collègues : Claire SOSSO en français, Benoît BELVAL en anglais, Aude CHERTIER en SVT, Nathalie GUICHARD en Physique-Chimie, Laure AMUSSAT en SES. Etape suivante, finaliser un projet et le présenter à l’administration pédagogique de l’établissement et à l’administration financière. Pour ceux qui ne connaissent pas les arcanes du fonctionnement des établissements conventionnés par l’AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger), vous pouvez vous reporter ici.

La définition des objectifs

La priorité est donc au montage du dossier, la définition des objectifs, la demande d’une APP (Action Pédagogique Pilote), le développement d’un argumentaire, l’imagination d’une salle. Les questions amènent les questions. Tout le monde étant novice, nous ne pensons pas à tout, et c’est sans doute notre chance. Un couscous et quelques échanges de courriels plus tard, nous sommes prêts à présenter notre projet et nos objectifs à savoir :

- conduire une expérimentation dans une classe de seconde en vue de l’introduction de l’ordinateur portable individuel dans l’ensemble des classes de lycée,

- réduire la fracture numérique qui existe au lycée entre les élèves, entre les matières, entre l’établissement et la réalité du développement des TICE (nous ne connaissons pas encore les TUIC),  entre l’école et les pratiques innovantes  de l’apprentissage,

- assurer notre mission de formation en TICE et préparer les élèves à la maîtrise d’outils indispensables aux études supérieures

- promouvoir le développement durable, en réduisant de manière très forte l’utilisation du papier, des photocopies, des supports de type CD ou DVD.

- contribuer au  projet d’établissement en valorisant :

⇒ la maîtrise des langues, en renforçant le travail sur l’écrit des langues, l’écoute individualisée, en diversifiant les supports.

⇒ les continuités pédagogiques entre matières, entre l’école et la maison.

⇒ l’éducation à la citoyenneté, à l’autonomie, à la responsabilité,

- donner du sens à la formation continue des enseignants, en leur permettant de réinvestir en classe le très important effort pédagogique et financier de l’établissement en offres de stage sur les TICE.

- améliorer la qualité de l’enseignement, renforcer la motivation et la réussite des élèves, grâce à une plus grande diversité des supports, à une plus grande individualisation des travaux, à l’utilisation par tous de logiciels disciplinaires performants, à une véritable évaluation formatrice des élèves et à une véritable formation au C2i (et non pas sa simple évaluation finale, à une meilleure gestion par les élèves de leur matériel (manuels numériques, cahiers numériques)

Modestes les collègues!

Un soutien total des administrations

On arrive à l’étape qui ferait éclater de rire, par le stres qu’il a suscité chez nous, toute personne travaillant dans le secteur privé ou public dans la dynamique des projets : il nous faut défendre notre « bébé » devant les deux administrations du lycée. Ce n’est pas le grand oral de l’ENA, mais on voit qu’on manque d’expérience. Cependant nous faisons de notre mieux, nous avons une présentation powerpoint, l’aide de la wii magique de Vincent, les arguments de tous les collègues qui déclinent les avantages dans leur matière de ce projet. Et au final, nous avons le feu vert en mai 2009. Vite, il faut maintenant penser à toutes les questions concrètes avant la fin de l’année scolaire.

La mise en oeuvre concrète du projet.

- Les élèves  d’une classe de seconde sans sélection viennent travailler en classe avec un ordinateur portable dont l’usage est adapté à chaque matière. Après concertation avec l’administration, nous imposons une configuration sur PC en windows XP. L’établissement proposera un fournisseur d’ordinateur portable  aux parents.

- En classe, les élèves travaillent dans un environnement audiovisuel et numérique moderne. La classe est dessinée par les collègues – merci Vincent – et aménagée spécialement pour le projet. Reste à penser aussi aux cours de Physique-Chimie et SVT qui ont lieu dans des laboratoires. Aude et Nathalie s’y attèlent.

- Une plateforme numérique pour la classe (type moodle) accueille les cours, les fiches, les productions des élèves. Nous bénéficions du savoir-faire des collègues du secteur technologique qui va héberger notre moodle.

- Une connexion Internet haut débit avec fil permet une grande accessibilité aux ressources numériques et l’échange des données entre élèves et entre professeurs et élèves.

- Je resterai un peu plus longtemps en juillet pour suivre la mise en oeuvre du projet, Vincent prendra le relai en août, quelques jours avant la rentrée.

Le projet reçoit l’aide importante des équipes de maintenance et informatique du lycée. Nous nous appuyons aussi sur un document de synthèse réalisé par Benoît.

Les questions vives

- quels élèves participeront finalement à cette classe expérimentale? La décision sera prise par le proviseur adjoint et le projet ne sera présenté qu’à la rentrée aux familles avec la possibilité pour eux de changer de classe si le projet ne les intéresse pas.

- quelle place accordée à l’ordinateur dans les pratiques pédagogiques? Que faire du cahier traditionnel? de la prise de notes? des manuels? Nous décidons que l’enseignant sera maître à bord dans sa matière.

- comment informer le reste de l’établissement de ce projet? Il sera présenté en conseil du second degré puis lors de la pré-rentrée.

L’aventure commence…

à suivre …

Une réflexion au sujet de « 2008-2009 : Genèse »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>